Situation de l’industrie en France : Le constat

mardi 22 novembre 2011, par CGT.ST-STE

Le collectif CGT Politiques industrielles s’est réuni le vendredi 4 novembre et a fait l’analyse dans un contexte économico-social particulièrement dégradé de la situation de l’industrie (et particulièrement l’industrie manufacturière) en France :

Le niveau de la production industrielle
n’a toujours pas atteint celui d’avant crise, c’est-à-dire 2007, il se situe même sous celui de 1997 ! C’est un effondrement de la production sans précédent depuis 1945 !

La part mondiale des exportations françaises d’articles manufacturés a baissé de 6 à 4% entre 2008 et 2010
« …n’oublions pas que la désindustrialisation implique aussi un déficit extérieur commercial chronique, puisque le pays qui en souffre doit importer les produits industriels qu’il ne produit plus mais continue bien sûr à consommer » (P. Artus « La France sans ses usines » éd Fayart)

L’emploi industriel poursuit un déclin tendanciel
(avec ou sans comptage de certaines activités transférées vers les services avec ou sans intérim). L’emploi industriel représentait 30% de l’emploi total salarié en 1961, il n’en représente plus que 12% aujourd’hui (600000 emplois industriels détruits entre 2000 et 2010), la France a perdu 40% de ses effectifs d’emplois industriels depuis le 1er choc pétrolier, et pour la 1re fois dans l’histoire contemporaine du pays, les effectifs de l’emploi industriel ont glissé sous la barre des 3 millions.

Pourtant d’autres indicateurs viennent aussi confirmer la stratégie de dérive financière, court termiste et finalement stratégie de dés-industrialisation massive :

  • Le taux de marge des entreprises françaises est passé de 23 à 30% entre 1980 et 2010
  • Tandis que le taux d’investissement est passé lui de 20 à 18,5% sur la même période
  • La France se situe au 3e rang des pays européens qui distribuent le plus de dividendes à ces actionnaires

Le désengagement de la puissance publique, accompagné d’un positionnement stratégique sur les moyennes gammes, et d’une recherche démesurée de rentabilité financière à 2 chiffres sont les causes de cette dés-industrialisation massive et fulgurante en France. La part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée totale de la France est désormais sous les 10%.

Une politique de ré-industrialisation, une politique de développement de l’emploi industriel, est la seule source de requalification, car l’ampleur du recul de l’emploi industriel dans la population active va de pair avec la déqualification des emplois(la part de la population peu qualifiée ne cesse d’augmenter et atteint 30% en France contre 14% en Allemagne), la baisse des salaires ( En France, l’écart entre un emploi industriel et un emploi de service d’aide à la personne atteint 45% en moyenne-25000 à 36000 euros annuels !), et la précarité (les secteurs de la distribution, de l’hôtellerie, de la restauration, du tourisme sont les champions de la précarité des contrats et du temps partiels). Les travailleurs pauvres se comptent par millions : ce sont entre 2 à 3,7 millions de personnes qui vivent dans une famille pauvre dont le chef de famille travaille (2 millions vivent avec moins de 800 euros par mois)

Que reste-t-il du discours présidentiel du 4 mars 2010, affichant un objectif d’augmentation de la production industrielle de 25% entre 2010 et 2015 ? Un niveau d’emploi industriel en croissance ? Une place retrouvée de la France dans l’Europe industrielle ?

Au-delà de ce bilan calamiteux, ce sont les salariés des secteurs industriels qui montrent la voie à suivre :

  • Résister aux plans sociaux et fermetures de sites programmées non parce que les entreprises perdent de l’argent, ne sont pas « compétitives », mais parce qu’elles ne dégagent pas assez de marges, alors ce sont des brevets vendus, des compétences sacrifiées, des territoires martyrisés, des entreprises délocalisées. Tout en dénonçant ces attitudes iniques, en luttant et en sensibilisant l’opinion publique, les salariés portent d’autres alternatives, d’autres projets industriels comme ceux de la Fonderie du Poitou, de Fralib, les Good Year, les SBFM etc…

La CGT dans cette situation( et malgré le contexte lourd international et au plan national avec la campagne présidentielle et la situation économique et sociale, malgré les difficultés unitaires sur le plan syndical) se doit d’aider à donner des perspectives aux salariés, perspectives qui passent par des éléments d’analyses de la situation, les causes et le diagnostic, des propositions alternatives, à porter dans les initiatives de débats, mais aussi à concrétiser par entreprises, secteurs industriels, par filières, qui aident à mobiliser des propositions d’actions pour dénoncer les causes comme le désengagement de la puissance politique et publique face au pouvoir économique et pour exiger une politique de ré-industrialisation des territoires cohérente, complémentaire et coopérative.

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